Source: Externe

Il faudrait écrire sur cette journée. Mais comment être juste, devant l'horreur? Comment trouver les mots quand seuls les pleurs peuvent commenter les faits?

Je n'étais pas là quand c'est arrivé. Mais j'ai vu, j'ai lu, des témoignages, des images, qui semblent venir tout droit d'un pays en guerre. J'ai respiré la peur des gens, le désir de vivre, le courage de ne pas abandonner, ni soi, ni le corps d'un ami, d'une épouse, morts, et qu'il faut traîner sur l'asphalte, dans l'urgence, parce qu'on espère un miracle, parce qu'on espère que ce n'est pas vrai, que le sang va s'arrêter de couler, que les yeux vont s'ouvrir à nouveau et la bouche s'arrondir.

J'ai entendu les cris affolés d'un public dont les mouvements s'entrechoquent les uns aux autres, dont les jambes ne portent pas assez vite, dont les jambes lâchent quand le coeur se troue.

J'ai ressenti l'union d'un groupe prisonnier, d'un peuple menacé, d'un pays choqué, attristé, qui, loin de crier vengeance, hurlait qu'il fallait s'aimer. Plus vite. Plus longtemps. Pour toujours.

La France était mon pays, et je refusais de trembler entre ses bras.

 

A.D., Paris, le 14/11/2015.