john-heywood

Idiote. C'est une sombre idiote au coeur d'artichaut. Abrutie. Un sexe n'est pas un coeur,ce n'est pas parce qu'on offre le premier que c'est un don du second. Elle meurt. En dedans. Peut-être que ce n'est pas une mort physique. Pour l'instant. Peut-être que comme les chats, elle a neuf vies. Qu'au bout de neuf chagrins d'amour, elle ne respirera plus. L'âme s'envolera de sa bouche parce que toutes les chances qu'elle a accordées à ces hommes ne reviendront plus. Plusieurs hommes. Quatre chagrins d'amour en somme. Est-ce que pleurer deux fois pour la même personne utilise deux "chances"? Est-ce qu'elle trouvera celui qui l'aimera avant son échéance?

Elle voulait que ce soit toi. Parce que tu lui correspondais trop bien. Point par point. Parce que ton corps lui faisait du bien. Parce que tes mains lui faisaient du bien. Parce que ta bouche lui donnait faim. Que ta peau la rendait zinzin. Comme ces romantiques cannibales, elle aurait voulu te manger pour être certaine que jamais personne ne t'aimerait mieux qu'elle. Elle voulait te sentir en elle, lieu où tu renaissais. Reviens... Home sweet home. Tu recherches le foyer dans lequel tu étais si heureux. Viens en elle encore une fois. Elle te protégera, elle t'aimera comme on ne t'a jamais aimé. Elle te le promets. 

Tu ne veux pas être en couple parce que cela prend du temps, mais elle peut s'adapter à ce que tu veux. Elle n'est pas une fille comme les autres, tu l'as dit toi-même. Elle est l'amoureuse, la tendre, la boulimique d'amour et de caresses. Elle ne demande qu'un message par jour, une soirée par semaine, ton corps et le sien mélangés, gémissant, cuisine de vos chairs dont elle raffole tant du goût. Il n'y a qu'ainsi qu'elle puisse vivre. Elle ne demande pas grand chose alors qu'en échange, elle a tellement à offrir. 

Elle veut encore respirer ton cou au réveil, sentir ton sexe dans ses tréfonds endormis. Elle veut marcher sur la pointe des pieds dans cette chambre mal rangée parce que c'est ainsi qu'elle l'aime. Et c'est là-dedans qu'elle t'aime. Si tu ne l'embrasses pas, elle va mordre ses propres lèvres, croyant qu'elle suce les tiennes. Mon Dieu... Elle ne peut renoncer à ça. Ta main dans la sienne... Ton corps nu serrant à en étouffer le sien. Pitié, fais semblant, elle t'en conjure. 

Douleur. Vague de chagrin la parcourant des pieds à la tête en même temps que les sanglots dans ses veines. 

Jamais il ne reviendra ici. Jamais il ne la reverra nue. Jamais plus sa bouche mouillée ne se posera sur sa nuque. Jamais ses mains glisseront à nouveau sur son corps. Jamais plus elle ne sentira son torse contre son dos, chaud, serré, une nuit entière. Comment va-t-elle survivre, voilà la question qui tourne en boucle dans son crâne. Une fois de plus, elle s'est inventé une drogue sans laquelle elle vivait presque normalement. Et à présent, elle ne peut plus respirer lorsqu'il est loin d'elle. Le mal est lancinant. Elle est ce drogué qu'on a attache à un lit et qu'on laisse là, à hurler sa souffrance sans que l'on n'y prenne garde. Pour elle, la prison est partout où il n'est pas.

 

A.D., Malakoff, le 11/12/2015.