Source: Externe

J'ai pleuré dans mon sommeil, mes yeux étaient striés de rouge au réveil. Et déjà, il neige, ne comprends-tu pas pourquoi? Tu as glacé mon coeur en prenant celui d'une autre. Quand je t'ai vu sur ces photos, avec cet être tendant sur ses chairs gonflées des tissus aux couleurs vieillies, c'est comme si deux balles avaient traversé simultanément mon corps, l'une trouant mon coeur, l'autre transperçant mon estomac. Tu venais de tuer mon âme en t'affichant fièrement au bras de tout ce que je n'étais pas : cette chose fade, normale, passe partout.

Je fixai mes mains qui écrivaient tant de bêtises ; mes seins, trop gros, trop blancs, que seul mon miroir apercevait encore ; mes fesses, striées d'être devenues rondes trop rapidement ; mon sexe, fermé comme ta porte depuis presque un an ; la douleur dans mes yeux qui ne toléraient plus de voir la moindre joie où que ce soit. Pourquoi se lassait-on de moi? Pourquoi ne m'aimait-on pas? Pourquoi ne me désirais-tu plus?

Je voudrais tellement te parler... Te dire qu'avant toi, c'est de l'Amour dont j'étais folle. Puis je t'avais rencontré et j'avais compris ce que signifiait aimer, simplement, profondément, sentiment qui ne m'avait pas quittée, bourgeon qui ne pouvait plus ni éclore ni crever dans mon ventre. Depuis ta dernière caresse, mon dernier baiser, je n'avais aimé personne, je n'avais touché quiconque. Je dois dire que réciproquement, nulle âme n'en avait exprimé l'envie.

Mon amour pour toi, viscéral, stupide, c'était comme porter un foetus mort dans mon utérus. Je préférais qu'on l'y laisse, quitte à y pourrir, à me tuer, plutôt qu'on me l'arrache, ôtant une part incomplète de moi-même, condamnée au deuil éternel de quelque chose pour lequel tout mon être avait décidé de consacrer le reste de sa vie. Ce n'était pas de ma faute... J'étais faite ainsi.

Cet amour, c'était mon printemps, mon enfant, un but, un espoir, une condamnation éternelle.

 

A.D., Paris, le 10/01/2017.